Entretien avec Monsieur Mustapha OUDAI, Président de l’Association Nationale De la Famille du Chahid (ANFC) :

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« L’organisation dénonce avec énergie et rejette cette loi injuste

vis-à-vis de la famille du chahid (la loi 99/07) »

 

Par OULHASSI Mohamed

 

 La loi n° 99/07 relative au moudjahid et chahid a été promulguée en date du 05 avril 1999 sous le numéro 99/07. et Jusqu’à ce jour, soit 21 ans après, aucun texte d’application la concernant, n’a vu le Jour. Que s’est-il passé ?
Ce qui est certain, c’est que le pouvoir qui était en place n’avait pas dans le cœur cette frange de la population. Ne disait-on pas d’ailleurs qu’on a voulu extirper de la famille révolutionnaire les fils de chouhada ? Cependant qu’avaient fait les soit disant représentants des fils de chouhada pour la mise en œuvre des recommandations en faveur des orphelins de la guerre de libération ?
Bien entendu, il n’est pas à rechercher le rôle joué par les organisations (ONEC, CNEC) supposées défendre les droits de ses membres étant donné que les résultats sont cuisants. L’administration est allée jusqu’à interpréter des textes en défaveur des concernés tel que, par exemple, le non bénéfice des années de la guerre de libération au cas où le concerné n’est pas en activité. Ceci a amené des personnes (pas tous évidemment) à recourir à la justice ou ils ont pu avoir gain de cause.
Les ans passent. Les promesses non tenues restent sans lendemains C’est dans un univers ou les serments et engagements sont devenus le refrain quotidien des responsables. C’est dans ce contexte que des fils de chouhada ont décidé de prendre leur destin en main par la mise en place de l’association nationale de la famille du chahid ANFC°.
L’ANFC est à l’opposé de ce qui a prévalu durant des décennies espère avant tout redonner leur dignité aux membres de la famille du chahid en dehors des bassesses, lâchetés et ignominies qui ont prévalu sous l’ancien pouvoir.
Au fait, l’Algérie doit elle son soutien à ceux qui ont combattu le colonialisme et, particulièrement, à ceux qui sont restés les témoins d’une épopée ou le sacrifice n’avait pas la connotation que les bouleversements de la société ont entrainé sur les croyances bien établies ? Malheureusement, Jusqu’à l’heure actuelle la famille du chahid n’a vécu que revers, déception et désillusions.
C’est, donc, dans ce cadre que le point d’Algérie a estimé faire parler Monsieur Mustapha OUDAI, Président de l’Association Nationale De la Famille du Chahid (ANFC).

1ère question : l’ANFC vient d’avoir son agrément du ministère de l’intérieur ; deux autres associations se trouvent sur la place, en l’occurrence l’ONEC et la CNEC. Que peut apporter de plus votre association sachant que les précédentes organisations n’ont pu être que le faire valoir du pouvoir ?

Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : les deux organisations que vous venez de citer ont été longtemps instrumentalisées par le pouvoir pour s’approprier la légitimé historique. Par ailleurs, la défaillance de ces deux associations ONEC et CNEC, dans leur mission à défendre les droits des familles de chouhada et, notamment, le laxisme dont elles ont fait preuve face aux campagnes de dénigrement et de diffamation contre cette frange de la société nous a poussé à prendre nos responsabilités en créant une nouvelle association (ANEC) pour faire valoir nos droits et réhabiliter notre honneur.

2ère question : Ne pensez-vous pas que les fils de chouhada et les ayants droits, du fait de leur mauvaise représentation sont les grands perdants de l’indépendance du pays ?

Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : Evidemment, une mauvaise représentation de cette frange de la société qui a donné beaucoup pour l’Algérie ne peut qu’être désastreuse pour son image, voire même son honneur ; ce qui a porté un grave préjudice pour leurs revendications légitimes.
3ème question : De toute manière, quelles que soient les protestations ou démentis de ceux qui nous dirigent, le constat est amer ; cinquante –cinq après l’indépendance les enfants de la guerre sont toujours au point de départ quant à leurs revendications. Même la loi 99-07 du 5 avril 99 n’est pas exécutée. Ou sont les textes d’application de celle-ci ?

Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : La famille du chahid a vécu des temps difficiles pendant et après la révolution ; la reconnaissance de son sacrifice pour l’indépendance de l’Algérie est malheureusement passée dans l’oubli ; voilà effectivement un constat amer pour les fils de chouhada après cinquante-cinq de l’indépendance.
Concernant la loi 99-07, relative au moudjahid et chahid, nous regrettons d’une part le manque de considération à l’égard des filles et fils de chouhada et, d’autre part, la non prise en compte des propositions qui ont été exprimées pendant les concertations. A cet égard, l’organisation dénonce avec énergie et rejette cette loi injuste vis-à-vis de la famille du chahid .
4 ème question : Continuera- t- on à croire les promesses des différents gouvernements ( la dernière est celle du ministre des moudjahidine du Président TEBBOUNE Abdelmajid) qui ont fait attendre cette frange de la population depuis la loi de 1999 ?

Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : L’inaction constatée au sein de la tutelle à tenir les promesses du ministre est déplorable et montre encore une fois l’absence d’une volonté réelle de la part des hautes autorités à satisfaire les revendications des filles et fils de chahid.

5 ème question : Parmi les réclamations des fils de chahid, nous trouvons les points suivants :

⦁ La réversion de la pension de la veuve après son décès à ses enfants quelles que soient leurs situations puisque c’est un acquis.
⦁ -étant donné qu’il y a beaucoup de fils de chahid dans l’armée, la loi ne doit-elle pas être étendue à eux ?
Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : Comme vous l’avez souligné, la pension de la veuve de chahid doit revenir de droit à ses enfants quelles que soient leurs situations après son décès puisque c’est un acquis. Concernant la situation des sept ans et demi par la caisse nationale des retraites, nous avons demandé à ce qu’elle soit étendue pour inclure les professions libérales et l’armée nationale populaire.

6ème question : L’alignement de la pension de fils de chahid sur celle des moudjahidine est une compensation de l’injustice qui a été faite par le pouvoir aux orphelins de la guerre. Ne dit-on pas que le Président Bouteflika avait pour objectif de débarrasser la loi des fils de chahid ?

Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : A un moment donné, nous avons adressé une réclamation aux autorités concernées pour réviser cette loi, notamment le volet consacré à la famille du chahid pour lever la discrimination dont celle-ci a fait l’objet
Par ailleurs, selon certaines informations qui nous sont parvenues, le Président Abdelaziz Bouteflika voulait supprimer cette loi simplement.
7ème question : Pourquoi n’est-il rien fait par les caisses d’assurance (CASNOS…) pour la prise en considération des ayant-droits de chahid pour le calcul des retraites. N’est-ce pas un point de revendication important pour leur droit ?
Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : Comme je l’avais déjà signalé en haut, nous avons exigé à ce que la fonction libérale puisse bénéficier de la validation des sept ans et demi auprès de la caisse nationale des retraites et que cette dernière prenne en charge le calcul des sept ans et demi.
8ème question : Il semble que le ministère des moudjahidine veuille accorder une pension pour les fils de chahid dont les deux parents sont tombés au champ d’honneur…S’il s’avère que c’est vrai, n’est-ce pas une fuite en avant étant donné que cette catégorie est minime par rapport au nombre de fils de chouhada ?
Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : La loi est claire concernant les filles et fils de chahid ( pupilles de la nation) dont le père et la mère sont décédés pendant la révolution avant septembre 1962 ; une pension leur a été accordée de 40.000 DA dont la mère est reconnu chahida.
Aujourd’hui, le ministre des moudjahidine vient d’octroyer une autre pension à ce petit nombre restant de ces dossiers dont la mère est décédée avant 1962 non reconnue en qualité de chahida. Au lieu de prendre en charge toute cette famille de chahid et régler définitivement un problème et mettre fin à cette éternelle revendication
9ème question :Le pouvoir n’a jamais donné le nombre exact des fils de chouhada, n’est-ce pas une manière de cacher la vérité en jouant sur les grands chiffres alors que la vérité est que les martyrs étaient dans la majorité des célibataires, c’est-à-dire n’ayant pas laissé d’enfants. Veut-on cacher au peuple que le pouvoir a abandonné les orphelins de la guerre ?
Réponse de Monsieur OUDIAI Mustapha : Nous avons sollicité le ministre des moudjahidine à maintes reprises pour nous fournir les chiffres exacts des enfants de chouhada, hélas aucune réponse ne nous a été communiquée. De ce fait il est clair que les autorités veulent à tout prix cacher la vérité sur la situation concernant les ayants droits pour faire passer les plans douteux sur la base d’une situation honteusement manipulée.

Cet entretien avec Monsieur OUDIAI, a touché, comme on l’espère, beaucoup de questions qui constituent les exigences des fils de chahid. Il est vrai que durant les vingt années de pouvoir sous lequel la loi a été promulguée, la famille du chahid a été abandonnée et a même failli être rejetée des membres de la famille révolutionnaire.

mais l’espoir avec le nouveau président de la République reste grand,pour qu’enfin justice soit rendue à des Algériens qui ont été spoliés de leur droit.

 

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