La rumeur, un mal à prévenir

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OULHASSI Mohamed
Dans les pays hégémoniques, il n’est pas difficile de déchiffrer dans les comportements des officiels leur rejet de toute confidence ayant trait à la gestion des affaires. C’est à petites doses qu’ils livrent des informations pourtant capitales dans la vie de la société. Pour cela, ils ont les moyens de leur politique qui sont les journaux, la télévision mais également les meetings et autres discours politiques qu’ils peuvent donner à n’importe quelle occasion. Seulement, voilà, il n’est pas dit qu’ils peuvent maitriser tous les rouages d’un monde complexe ou tout se prépare et se négocie.
Le système de communication n’est pas une méthode qu’on décide d’appliquer au gré des désirs et des tendances mais reflète dans toute sa diversité les tréfonds d’une société qui vit, à n’en pas douter, les contradictions les plus importantes. C’est dire, s’agissant surtout des rapports d’autorité, que notre pays continue à vivre les mêmes problèmes que ceux ayant jalonnés les années de plomb. Le refus de dialogue entre l’administré et l’administrateur, l’ouvrier et le dirigeant…est naturellement ressenti comme un refus d’échange avec ce que cela sous-entend comme intentions de pression, répression…des groupes détenant un pouvoir aussi infime soit-il.
Les structures autoritaires n’ont changé de leurs attitudes que ce qui reproduit, généralement, l’aspect extérieur de l’organisation, donnant de ce fait un côté avenant et dépourvu d’agressivité à celle-ci. L’observation courante montre, malheureusement, que cette couverture artificielle n’est qu’un attrape nigaud. L’insatisfaction des individus au travail ou ailleurs apparait dans toute son ampleur dans le désir de savoir et de comprendre.
La réaction des détenteurs du pouvoir est, quant à elle, à la mesure de la colère qu’ils ressentent lorsqu’un pan de leur chasse-gardée est révélé en milieu de travail ou à l’opinion publique. Il n’est qu’à se référer à ces réactions maladives de responsables aux enquêtes journalistiques ou autres qui, bien que comportant une part importante de vérité sont rejetées (et avec quelle hargne !) avec des précisions n’ayant de vrai que leur volonté à se disculper auprès de l’opinion, des hiérarchiques et, certainement, d’empêcher à l’avenir toute expression ne cadrant pas avec leurs objectifs qui riment, essentiellement, avec des notions ou la pression et la répression ne sont pas les moindres.
Leur mot d’ordre n’est-il pas de recevoir le plus d’informations et d’en donner le moins ? L’expression si connue « celui qui détient l’information peut régner sur le monde » qui a un autre sens est détournée de sa vraie signification. Peut être même que l’autre expression dont la traduction littérale de l’arabe dialectal « achète, ne vend pas » n’est que le reflet du sort de la communication dans notre société, bloquée avant tout par ceux qui président à la destinée de notre pays.
A l’opposé, les groupes d’administrés ou si l’on veut, de dirigés ne restent pas les bras croisés. Faute d’échanges, les problèmes qui surgissent peuvent remettre en cause non seulement l’épanouissement des membres du groupe mais, constituent un obstacle au développement harmonieux des relations entre les hommes.
Les répercussions de cet état de fait sont la révolte des dominés qui apparait, en l’absence de moyens contre le pouvoir des groupes dominant sous diverses formes dont le but de contrer les objectifs et de réduire en même temps de la tension à laquelle ils sont soumis. Il est évident, donc, que le meilleur exemple de la situation de « non communication » est l’organisation des dominés pour répondre sous les formes les plus propices à leurs dominateurs.
Sans rentrer dans les détails que constitue le concept de la rumeur, disons tout de suite que cette notion a pour but de décoder les messages, les symboles et attitudes des sphères dirigeantes, dans les cas, comme on l’a vu, de relations d’autorité, qui se caractérisent par l’absence de dialogue.
Tout peut être interprété. Ces interprétations sont à l’image du processus de communication en place. C’est-à-dire ne permettant de filtrer comme information que ce que les décideurs désirent. Même l’interprétation dans les sociétés fermées est considérée – évidemment par ceux qui détiennent les rennes du pouvoir comme l’apanage des dirigeants. La base n’existe que pour obéir et s’exécuter ! Le changement d’un régime dictatorial à un autre soit disant plus ouvert n’a rien changé.
Les hommes d’hier et ceux qu’ils ont formé, il est vrai, y sont toujours! Les secteurs économiques et autres se prévalent encore de la présence de personnes sortant de la même école.la mentalité d’hier a encore beaucoup de jours devant elles. La différence est que les interprétations- la rumeur- qui circulent ne restent plus cloisonnées dans un cercle restreint (travail, quartiers, villes…) La liberté de s’exprimer ne serait-ce qu’en lieux publics, a délié les langues. Les insuffisances constatées en haut lieu sont expliquées avec forts arguments n’ayant pour limites que les seuls obstacles du blocage de l’information par les directions ou toute autre autorité.
Les spécialistes, sur la base d’études, ont constaté que la propagation de la rumeur se fait en fonction du moral des personnes ou des groupes. La rumeur est donc optimiste dans le cas ou le moral est élevé. Pessimiste dans le cas contraire. C’est ce qui explique qu’en ce qui concerne notre pays, la rumeur est quasiment noire. Naturellement à défaut d’échanges ou de communication.
En conclusion de notre article, l’on peut dire que la rumeur, à défaut d’un système de communication permettant des échanges entre les groupes et les hommes,  tend à remplacer purement et simplement tous les autres canaux d’informatin.

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